Surcharge cognitive : les 100 onglets ouverts de ma tête

Surcharge cognitive : les 100 onglets ouverts de ma tête
Photo by Zulfugar Karimov / Unsplash

TL;DR

  • La surcharge cognitive ressemble à un navigateur avec trop d’onglets : le système marche encore, mais tout devient lent, bruyant, fragile.
  • Le problème n’est pas ton “manque de discipline” : c’est l’empilement (notifications, micro-tâches, choix permanents, infos).
  • Le multitâche est souvent un switching coûteux : tu paies une taxe mentale à chaque bascule.
  • La solution durable combine design d’environnement (écrans, apps) + design de journée (rythmes) + hygiène d’attention (rituels).
  • Les techniques utiles : capture externe (inbox unique), budgets d’onglets, créneaux sans entrée, règles de notification, “fermeture” du soir.
  • Le calme se reconstruit en réduisant le flux entrant, pas en “forçant” le cerveau à encaisser plus.
  • Objectif réaliste : passer de “100 onglets” à “12 onglets utiles”, pas devenir un moine numérique.

Introduction

Il y a un moment très précis où ton ordinateur commence à te juger.

Chez moi, ça arrive quand le ventilateur se met à souffler comme un petit sèche-cheveux anxieux. L’écran freeze une demi-seconde. Le curseur devient pensif. Et moi, je découvre la vérité : j’ai “juste” ouvert un onglet de plus… sur les quarante-sept déjà alignés comme des dominos prêts à tomber.

Le plus beau, c’est que je connais le scénario par cœur. Je fais une recherche. Puis une autre “rapide”. Puis un comparatif. Puis un thread. Puis un outil “à tester”. Puis une vidéo “à regarder plus tard” (mensonge). Et soudain, mon cerveau imite Chrome : tout reste ouvert, rien ne respire.

C’est là que la surcharge cognitive devient tangible. Elle a une texture : une journée bruyante, même sans bruit.

Le vrai problème : ce n’est pas le nombre d’onglets, c’est le nombre de “processus”

On pourrait croire que le cerveau se fatigue parce qu’il travaille “trop”. En réalité, il se fatigue souvent parce qu’il change de contexte trop souvent.

Multitâche : le mot est flatteur, la réalité est chère

Le multitâche, dans la majorité des cas, n’est pas “faire plusieurs choses en même temps”. C’est basculer rapidement entre plusieurs choses. Et chaque bascule a un coût : tu perds un morceau de concentration, tu recharges le contexte, tu relis, tu te repositionnes. Comme quand tu rouvres un onglet oublié : “Pourquoi j’avais ça déjà ? Ah oui. Non. Peut-être.”

La modernité a transformé ça en mode de vie.

La fatigue décisionnelle : ce petit poison discret
À force de choisir sans arrêt (répondre / ignorer, lire / sauvegarder, cliquer / fermer), on s’use. Pas parce que les décisions sont grandes, mais parce qu’elles sont constantes. On n’est pas épuisé par “un choix important”. On est épuisé par la pluie fine de micro-choix. Comme une bruine mentale.

Pourquoi tout clignote : l’économie de l’attention (sans parano)
Je n’ai pas envie de jouer au prophète sombre. Les outils numériques ont des bénéfices réels : information, lien, créativité, opportunités. Mais ils ont aussi une logique : capter ton regard.

Les notifications ne sont pas neutres

Une notification, ce n’est pas “une info”. C’est une requête : “Change de contexte maintenant.” Et ton cerveau, qui a été entraîné à répondre au stimulus, obéit souvent avant même de réfléchir.

Le résultat est étrange : tu peux passer la journée à être actif, et finir avec l’impression de n’avoir rien fait.

La surcharge informationnelle est une surcharge d’identité

Parce que chaque info te propose implicitement une posture :

  • Sois outré
  • Sois inquiet
  • Sois performant
  • Sois à jour
  • Sois amusant
  • Sois productif
  • Sois cultivé

Au bout de quelques heures, tu n’es plus toi : tu es un panneau d’affichage qui défile.

Les symptômes (qu’on confond avec “je suis nul”)

Je liste ça parce que j’ai mis trop longtemps à comprendre que ce n’était pas un défaut moral.

  • Tu ouvres ton téléphone sans intention claire, puis tu oublies pourquoi tu l’as pris
  • Tu lis un paragraphe et tu dois le relire (deux fois, parfois trois)
  • Tu passes d’un projet à l’autre sans “atterrir”
  • Tu ressens une agitation même quand tu as du temps libre
  • Tu as l’impression de manquer une info importante (FOMO diffus)
  • Tu procrastines sur des tâches simples parce que ton cerveau est déjà saturé

Ce n’est pas de la paresse. C’est souvent un système surchargé.

Une métaphore simple : ton cerveau n’est pas un CPU, c’est une cuisine

Quand tout va bien, tu cuisines un plat. Quand ça va mal, tu as huit casseroles, deux alarmes, un colis à la porte, et quelqu’un qui te demande “tu peux répondre vite fait ?”.

Le problème n’est pas ton talent culinaire. Le problème, c’est la cuisine en feu.

Ce que tu cherches, ce n’est pas “être plus fort”. C’est réduire le nombre de casseroles.

Ce qui marche vraiment : réduire le flux entrant (avant d’optimiser la sortie)

On adore optimiser la sortie : to-do lists, méthodes, apps, hacks. Mais la surcharge cognitive vient souvent du flux entrant : demandes, infos, sollicitations.

Règle 1 : une seule “inbox mentale” externe

Ton cerveau est mauvais pour stocker. Excellent pour connecter. Donc on lui fait un cadeau : on externalise.

Choisis un seul endroit pour capturer l’inachevé :

  • une note unique dans ton téléphone,
  • une inbox Notion,
  • un carnet,
  • ou une app type Todoist/Things.

Mais une seule, sinon tu recrées… des onglets.

Objectif : quand une pensée arrive (“penser à…”, “faire…”, “chercher…”), tu la poses là, sans l’ouvrir tout de suite.

Règle 2 : séparer “capturer” et “traiter”

Quand tu traites tout au fil de l’eau, tu vis en réaction permanente. Tu confonds mouvement et progrès.

Essaie deux créneaux courts par jour :

  • 1515 minutes en fin de matinée
  • 1515 minutes en fin d’après-midi

Tu traites l’inbox : tu supprimes, tu planifies, tu transformes en tâches, tu ranges. Et hors de ces créneaux, tu captures seulement.

Ton cerveau adore cette frontière.

Méthode concrète : le “budget d’onglets” (oui, comme un budget argent)

Je me suis imposé une règle qui paraît bête, mais qui marche parce qu’elle est bête : un budget.


Mon protocole “12 onglets max”

  • Budget : 1212 onglets ouverts
  • Si j’en ouvre un 13e13e, j’en ferme un (pas “plus tard”, maintenant)
  • Les pages “à lire” vont dans une liste dédiée (et cette liste a aussi un quota)

Tu passes de “je garde tout au cas où” à “je choisis ce qui compte”.

Et tu sais quoi ? Le monde ne s’effondre pas quand tu fermes un onglet. C’est presque vexant.

Tableau : ce que je ferme en premier

Type d’onglet

Pourquoi il pollue

Action

Comparatifs infinis
Alimente l’indécision
Capturer une règle de décision, fermer
Threads “à émotions”
Active sans résoudre
Lire plus tard ou supprimer
Outils “à tester”
Procrastination déguisée
Mettre en backlog mensuel
News en continu
Ajoute du bruit
Limiter à un créneau fixe
Vidéos “utile un jour”
Aspirateur à attention
Playlist quota + tri hebdo

Hygiène numérique : 6 réglages qui changent la vie (sans devenir extrémiste)


  • Notifications : tout couper par défaut, puis réautoriser seulement l’essentiel (banque, famille, travail critique)
  • Écran d’accueil : enlever les apps “réflexes” (réseaux, news) du premier écran
  • Mode focus : un créneau quotidien 6060 à 9090 minutes sans entrées (pas de mail, pas de Slack, pas de news)
  • Email : deux fenêtres de consultation, pas plus
  • Contenu : choisir 11 source de news + 11 newsletter “analyse”, pas 1414
  • Soir : rituel de fermeture (voir plus bas) pour éviter d’emporter les onglets au lit

Ça ne supprime pas la surcharge du monde. Ça te rend moins perméable.


Le rituel de “fermeture” : arrêter de vivre avec des onglets dans la nuque

Ce qui m’a le plus aidé, ce n’est pas une app. C’est un mini-rituel de fin de journée. Un sas.


10 minutes, pas plus

    1. Je note les trois choses ouvertes dans ma tête (même si c’est flou)
    2. Je décide : demain / cette semaine / abandon
    3. Je ferme physiquement : ordinateur éteint, téléphone posé hors de portée pendant 2020 minutes
    4. Je fais une action de transition non-numérique (douche, marche, vaisselle, étirements)

Le but n’est pas d’être “zen”. Le but est d’envoyer un signal : la journée est finie.


Et si le calme était une compétence, pas une humeur ?

On attend souvent le calme comme on attend une éclaircie. “Quand j’aurai moins de trucs.” “Quand ça ira mieux.” Mais dans l’ère connectée, il y aura toujours un truc.

Le calme devient une compétence : la capacité à dire non au flux entrant, à fermer des boucles, à choisir une chose. Pas toute la vie. Juste maintenant.

Je ne suis pas devenu un sage. Je redeviens juste fonctionnel.

Et, certains jours, même heureux.

Key Insights / Points clés à retenir

  • La surcharge cognitive vient surtout du changement de contexte permanent, pas d’un manque de volonté.
  • Les notifications et le flux continu imposent une posture réactive qui fragmente l’attention.
  • La meilleure stratégie : réduire le flux entrant (notifications, news, sollicitations) avant d’optimiser les tâches.
  • Une inbox unique + des créneaux de traitement évitent de garder l’inachevé dans la tête.
  • Le “budget d’onglets” transforme l’attention en ressource finie, donc gérable.
  • Un rituel de fermeture quotidien empêche la journée de se prolonger dans le système nerveux.
  • Objectif durable : un système plus calme, pas une performance de productivité.


Conclusion
J’ai longtemps cru que le problème venait de moi. Que j’étais trop dispersé, pas assez rigoureux, pas assez “adulte”. Puis j’ai compris : j’étais surtout… trop exposé.

Fermer des onglets, c’est un geste minuscule. Mais symboliquement, c’est énorme. C’est dire : “Je ne suis pas obligé de tout tenir en même temps.” C’est reprendre un peu de souveraineté sur son attention, donc sur sa vie.

Si tu ne fais qu’une chose aujourd’hui, fais celle-ci : ferme trois onglets. Là, maintenant. Et observe ton corps deux secondes après. Ce soulagement-là, c’est ton cerveau qui te remercie.


FAQ

1) Qu’est-ce que la surcharge cognitive ?

La surcharge cognitive correspond à un excès d’informations, de tâches ou de changements de contexte qui dépasse la capacité de traitement du cerveau, entraînant fatigue mentale, confusion et baisse de concentration.

2) Quelle différence entre surcharge cognitive et charge mentale ?

La charge mentale concerne souvent la gestion invisible des responsabilités (anticipation, organisation). La surcharge cognitive décrit davantage la saturation du traitement de l’information et de l’attention.

3) Les notifications aggravent-elles vraiment la fatigue mentale ?

Oui, car elles provoquent des interruptions et du switching. Même une brève interruption peut augmenter le temps de retour à une tâche et fragmenter l’attention.

4) Comment réduire la surcharge informationnelle sans se couper du monde ?

En créant des fenêtres dédiées (ex : 2020 minutes de news par jour), en limitant les sources, et en désactivant le flux “push” (notifications).

5) Le multitâche est-il mauvais ?

Pour des tâches complexes, oui : il augmente les erreurs et fatigue via le changement de contexte. Pour des tâches simples et automatiques, l’impact est moindre.

6) Quelle technique simple pour se recentrer vite ?

La capture externe (noter l’idée au lieu de l’ouvrir) + 33 respirations + retour à une seule tâche est une combinaison rapide et efficace.

7) Quels outils peuvent aider contre la surcharge cognitive ?

Des outils de capture (notes, to-do), des modes focus, des bloqueurs de distraction et des réglages de notifications. Mais l’outil ne remplace pas la règle d’usage.


Sources

  • American Psychological Association (APA) : travaux de synthèse sur stress, attention et multitâche (dossiers grand public et articles de vulgarisation).
  • Gloria Mark (UCI), recherches sur l’attention au travail, interruptions et coût de la fragmentation (publications académiques + conférences).
  • Daniel Kahneman, travaux sur attention, effort mental et fatigue décisionnelle (ouvrages de référence).
  • Cal Newport, “Deep Work” (cadre pratique sur concentration et travail profond).